On oublie trop souvent ici en France que nous, jeunes et moins jeunes issus de l’immigration avons aimé, enfants, qu’on nous raconte l’histoire de nos ancêtres les gaulois. Nous étions des enfants et au fond nous n’avons pas détesté qu’on nous raccroche à des branches quelles qu’elles soient.

Qu’on nous soude à tous les autres camarades de couleur et de classe aussi diverses que possible. Nous n’avons pas détesté, enfant, cette appartenance au peuple du siècle des lumières, d’ailleurs nous nous sommes éclairés et libérés par l’éclat de tant de savoir.

Même bruns nous avons aimé être blonds, un temps, au nom du genre humain et de son émancipation future, au nom de l’idée universelle qu’on s’en faisait. Nous avons acquiescé pour nous sauver des eaux troubles d’une autre histoire qui fut celle de nos ancêtres et dont nous ne détenions que de vagues bribes par des parents ignorants même le nom de famille de leurs propres pères.

Bien sûr cela n’a pas suffi car vint le temps de l’interrogation, de la lecture entre les lignes et entre les lignes souvent nous a manqué le reflet intégral de nous mêmes.

C’est pour ce manque que nous existons pour recoudre la partie manquante. Pour éclairer les mille joyaux de l’esprit, parler des êtres multiples que nous sommes finalement tous. Il en va de l’avenir que nous voulons métisse, je dirais qu’il en va de la simple idée de modernité.

Magyd Cherfi